Le pays de la peur
04.01.2008
Alors qu'il navigue par le travers du Cap de Bonne Espérance, aux portes de l'Océan Indien, par 48 degrés Sud, (NB : la ville de Brest est située par 48 degrés Nord), Thomas Coville vient de vivre une des nuits les plus stressantes de sa vie de marin.
Imaginez Michael Schumacher lancé à 300 km/heure dans la nuit noire, tous phares éteints, au volant de sa Formule 1, et qui plus est, sur un terrain plus proche du Paris-Dakar que d’un circuit goudronné. Tout ça pour expliquer qu’au moment où nous étions tous au chaud sous la couette, le skipper de Sodeb’O avait sorti sa combinaison et son kit de survie, qu’il avait la boule au ventre, la gorge serrée et les yeux qui piquent à force de scruter le radar. Thomas a passé la nuit à plus de 25 noeuds au milieu des icebergs avec deux obsessions : garder des nerfs de limaces et rester lucide pour ne pas se retrouver à califourchon sur un glaçon, tout en avançant le plus vite possible afin de rester en avant de cette dépression qui lui permet de faire de la route sur mer plate.
« Par 48° 45 Sud et 10° 19 E, je suis le témoin oculaire de ce fameux réchauffement climatique. De mémoire de naviguant, on n'avait jamais vu de glace aussi Nord en cette saison. Ces cathédrales de glace, ces gardiens du temple de l'eau qui nous reste de la planète bleue, ou le plateau des Minquiers à la dérive, je ne sais pas bien comment décrire ces grandes formes sculptées par le vent et la mer. Victor Hugo les a imaginées, je les ai vues ces tempêtes pétrifiées. Je pensais être sorti d'affaire mais la température de l'eau rechute brutalement à 5° puis 4.9°, signe de leurs présences proches. Je sors sur le pont, l'atmosphère est glaciale. Le vent apparent, créé par la vitesse du bateau, renforce la sensation de froid. L'aube blanchit. Je retrouve les contours du bateau. L'écume blanche du moutonnement des rafales sur l'eau ressemble à s'y méprendre à une plaque de glace. À chacune d'entre elles, je me contracte un peu plus. Au loin, une masse plus limpide ressort, juste dans mon Est. Je retiens mon souffle, encore Un? Ce ne sont que les premiers rayons du jour qui sortent juste sous les nuages de l'horizon. J'arrive à trouver la force de sourire. Je vais retrouver mes yeux pour quelques heures. Cette nuit a été l'une des plus longue de mon existence. Il faut que j'arrive à dormir un peu avant la prochaine...»
A midi, Sodeb’O naviguait à 140 milles du Cap de Bonne-Espérance qu’il doit franchir entre 19h et 20h30 ce soir. Thomas Coville a actuellement plus de 775 milles d’avance sur le record de B&Q Castorama d’Ellen MacArthur, soit plus de 2 jours et 5 heures, et 1363 milles de retard sur le Trimaran Idec. A l’entrée de l’Océan Indien, Thomas devrait concéder un peu plus de 2 jours et 16 heures à Francis Joyon.
Dans la matinée, les vents avaient un peu molli alors que le trimaran contourne, par le Sud, un anticyclone. Une nouvelle dépression devrait le propulser en direction des Kerguelen. Distant de 3 810 milles de Bonne Espérance, ce second cap à passer marque l’entrée dans le no man’s land du Pacifique.
par AUFFREDOU : Allez, on y croit, Thomas, vous etes un grand monsieur. Tout n'est pas fini. Et puis quand bien meme, le record ne serait pas battu, ce serait une performance exeptionnelle de toute facon. Peu de gens sur terre sont capable de faire ce que vous avez etes entrain de faire. Peu de gens ont autant de motivation et de courage que vous. Vous etes un exemple. Je suis connecté en permanance et c'est incroyable comme je suis accroc de votre trajectoire. C'est presque pire que virtual regatta que j'avais fait à l'époque de groupama et de la transat jaques vabre. Merci à vous monsieur Thomas Coville, merci à vous, marins de toutes envergure. FP AUFFREDOU

