LE MAG : Toucher terre ou rester en mer?
07.07.2008
"Depuis que je suis gamin, j'ai toujours aimé partir et jamais arriver." Tel est le point de vue de Thomas Coville, le skipper de Sodeb'O, actuellement en stand-by à New York pour une tentative de traversée record de l'océan Atlantique.
Sa vie de marin a peut-être renforcé ce point de vue. Au terme d'une course au large, Thomas vit son atterrissage (1) en plusieurs étapes.
Acte 1: Une angoisse
"Toute l'émotion s'accumule au moment du départ. Ce jour-là, je n'ai qu'une envie: partir. Mais je pense à la tête de mes proches ou à celle d'un badaud. On lit plein de choses dans les regards et tous ces gens te chargent de plein d'émotions. En équipage, tu arrives à la refourguer aux autres, c'est plus facile, mais en solitaire, en mer, tu distilles cette émotion. Et à l'arrivée, tous ces gens veulent le retour de cette émotion qu'ils t'ont mise. Mais à ce moment, je n'ai plus de jus, j'ai la tête vide et je pense que je n'aurais jamais la force de leur dire quelque chose. J'ai un nœud dans le ventre. Je comprends l'angoisse du mec qui décide de ne pas arriver (2)."
Acte 2 : Le tourbillon et le partage
"A l'arrivée, le moment juste pour toi dure quelques secondes, après tu es aux autres. Les techniciens montent à bord du bateau et tout s'accélère. C'est le temps du show: tu dois faire le bilan de ton bateau, tu dois livrer tes tripes. C'est brutal. On te demande de résumer en vingt secondes une semaine en mer. C'est oppressant de devoir raconter, même si ça fait partie du métier. Chez Sodeb'O, ils m'ont appris cela : partager ce que j'ai vécu."
Acte 3 : Retour au quotidien
"Un peu plus tard, je reviens chercher mes affaires. Les gens ont évacué le bateau et là, je revois le bateau, je revois mon bol, mais ce n'est déjà plus mon monde. Plus tard, c'est difficile de revenir dans le quotidien. Je redoute les questions des enfants. A terre, les gens n'ont pas le même prisme que moi. Ils ne se rendent pas compte que leurs phrases sont dures; d'ailleurs, elles ne sont pas aussi dures dans le quotidien de la vie à terre."
(1) Quand un bateau approche de la terre, on dit qu'il atterrit.
(2) En 1969, au terme de la première course autour du monde en solitaire, Bernard Moitessier décida d'abandonner la course et de continuer à naviguer pour "sauver [son] âme".
Bon courage - par Nathalie (traductrice Hydroptère) - Bon courage et je suis sûre qu'ensemble, vous allez trouver la bonne solution pour faire bonne route avec Franck et les autres collègues. De tout coeur avec toi et l'équipe dans cette mésaventure. Continuez à vous battre, vous le méritez ! bon vent - par arielle cassim - La voix du seigneur te souhaite bon vent ! Toi et ton équipe prenez du plaisir, mais restez prudents !


