NEWS : « Rien ne me pousse à tel point dans mes retranchements... »

19.01.2009

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Thomas touche terre pour la 1ère fois depuis 59 jours

Quelques heures après avoir franchi la ligne d'arrivée de son tour du monde en 59 jours, 20 heures, 47 minutes et 43 secondes, Thomas Coville s'est assis à la table d'un restaurant brestois.

Devant un épais rumsteck et une brochette de journalistes, c'était l'heure de la conférence de presse. Il est désormais lavé et rasé de près. Les habits de terrien qui ont remplacé les vêtements de mer révèlent un homme amaigri. Mais depuis qu’il a retrouvé ses congénères, derrières ses paupières gonflées par l’épuisement, son regard s’est éclairci.

Pour commencer, Thomas, peux-tu nous livrer premier un bilan de ton bateau ?
" Pour un tour du monde, il faut un bateau long et haut sur l’eau. Ce sont les deux critères sur lesquels nous avions commencé et qui se sont avérés indispensables. J’ai rencontré une succession de mers croisées, très compliquées à gérer. Ça m’a obligé à me dérouter pas mal. Auparavant, j’avais fait deux tours du monde en multicoque et à chaque fois, j’avais eu au moins un système de grande houle [qui pousse le bateau et n’entrave pas sa progression, NDLR], mais pas cette fois-ci. "

Parle-nous de ta vie à bord… ?
"En 1997, avec Olivier de Kersauson, on a fait le tour du monde en 71 jours et aujourd’hui, en solitaire, j’ai mis 59 jours. Plus tu vas vite, plus la mer est difficile, plus c’est dur, plus ça casse. Nerveusement, c’est usant, exténuant. Quand tu n’as pas de long flux, tu changes tout le temps de voile. Ça demande un engagement physique et quotidien permanent. Je n’ai dû dormir que dix fois à l’intérieur du bateau ; j’étais toujours à l’extérieur, dans le cockpit, l’écoute à la main. Je m’installe sur un pouf spécial, comme un matelas avec des billes. Pour parvenir à dormir, il faut que je ne ressente plus le vent sur mon visage. Dormir sur la plage, ce n’est pas pour moi ! Je mets donc une cagoule et je garde l’écoute à la main. Comme ça, j’ai toujours une relation tactile à mon environnement et au bateau. Il est arrivé aussi que je passe deux jours et demi – trois jours sans dormir."

Quel regard portes-tu sur ton tour du monde et ceux de Francis Joyon (2004 et 2008) et Ellen MacArthur (2005) ?
« Ma progression a été différente de celles de Francis Joyon et d’Ellen MacArthur : je n’ai jamais vraiment eu d’avance sur le record qu’il fallait battre. Eux, ils savaient que la génération de leurs bateaux était assurément plus rapide que la précédente. Moi, j’étais plus dans une problématique de course et ça, je ne l’avais pas bien mesuré avant de partir [IDEC de Francis Joyon a été mis à l’eau comme Sodeb’O en juin 2007]. L’an passé, l’enchaînement dont a bénéficié Francis était absolument prodigieux : il est resté longtemps en avance sur les temps d’Orange II qui a le record en équipage depuis 2005. Et cela, avec relativement peu de manœuvres alors que moi, comme les marins du Vendée Globe, on a beaucoup manœuvré. »

Pourtant, ta remontée de l’Atlantique Sud est extraordinaire…
« C’est vrai, mais dans ma tête, ça arrive tard. J’ai eu jusqu’à 2100 milles de retard. Mais on était lucide du fait qu’au Brésil, le système de vent ne s’enchaînait pas comme il faut. Ça s’est joué à 12 heures près. En passant juste avant la dépression qu’on a manquée, on avait l’alizé et on aurait eu deux jours d’avance sur le record. »

Benoît Cabaret, l’un des architectes de Sodeb’O s’approche et fait une proposition à Thomas : « Il faut que je te dessine un bateau plus rapide ! »
« Je ne serais pas capable de le mener ! Je n’avais pas bien mesuré la qualité des enchaînements de Francis. Nos deux bateaux sont les premiers qui permettent à un solitaire de rester devant un système météo. Mais cela demande un engagement qui rend fou. A posteriori, avec les routeurs, on a analysé un truc. Ce sont eux qui mettent la pression pour ne pas prendre de retard, mais ils s’en veulent aussi. A la fois, ils doivent me dire la vérité et à la fois, ils poussent au crime. »

Cela veut-il dire que tu n’as pris aucun plaisir, ni en glisse, ni en météo ?
« J’ai pris du plaisir à mener Sodeb’O, à me donner sur le bateau. Autant, lors de mon Vendée Globe [en 2000-2001, 6e après 105 jours de mer], j’avais trouvé le temps long dans le quotidien, autant, cette fois, je n’ai pas senti le temps passer. Dans le « Vendée », tu as le temps de t’évader ; j’avais lu quatre bouquins. Cette fois-ci, je n’ai même pas eu le temps de me raser ! Le plaisir, j’ai réussi à le rencontrer dans ce passage de l’effort physique à l’effort psychologique, et vice-versa. Ainsi, quand je sentais que dans ma tête, je craquais, je me lançais à corps perdu dans les réglages ou je me mettais à la barre. A l’inverse, parfois, il faut prendre du recul. C’est un jeu passionnant et complexe. A un moment, il faut te blinder. Tu deviens un animal… ou une machine, je ne sais pas comment appeler cela. Ce qui est certain, c’est qu’il faut arrêter de raisonner et de penser au temps. En monocoque, tu peux choquer, mais la difficulté du multicoque, c’est d’être en permanence sur le fil du rasoir. »

Que veux-tu dire ?
« C’est une histoire d’adrénaline, de trouillomètre, d’angoisse… on appelle ça comme on veut. Savoir si tu vas te réveiller à l’endroit ou à l’envers procure une source d’énergie, une capacité à endurer ce que tu es incapable d’endurer à terre. Peut-être les gens qui ont connu la guerre connaissent leurs limites car ils n’ont pas eu le choix. En monocoque, tu peux ralentir, alors tu fais le bouchon. Mais en multi, c’est impossible : la mer croisée détruit ton bateau. Tu es pris au piège : tu n’as pas d’autre issue que d’avancer. »

Le tour du monde en 59 jours, c’est exceptionnel, pourtant ta déception est grande...
« Cela ne vous semble peut-être pas être la bonne logique, mais celle du compétiteur est de gagner. Je suis un compétiteur, je suis parti pour ce record. Rien d’autre ne me motive. Rien ne me pousse à tel point dans mes retranchements…même si ça ne paraît pas forcément sain. Dans la vie, il y a le premier tour du monde et les autres. Dans le premier, tout est initiatique, tout est beau, tout est extraordinaire. Si tu es déçu par cette première fois, tu n’y reviens pas. Mon premier tour du monde avec Olivier de Kersauson, ça a été un cauchemar humain, mais c’est un super souvenir. Depuis, j’ai une relation fabuleuse avec Olivier. Si tu y retournes, c’est pour la compétition, pour le résultat sportif. Ce défi autour du monde, c’était pour le record. Je me souviens quand Ellen MacArthur a raté son record de l’Atlantique pour 75 minutes, en 2004. Je me souviens de son amertume, ça m’avait frappé. Ellen ne se met pas de limite. »

Qu’as-tu appris ?

« Sur ce tour du monde, j’ai découvert qu’on se fixe des limites quand on est à terre, mais que dans le fond, elles n’existent pas. A terre, on a toujours le choix. En mer, on parvient toujours à repousser ses limites. Par exemple, quand j’ai dû changer cinq lattes par moins quinze degrés, j’ai commencé par mettre des gants. Mais, je n’arrivais à pas à travailler, il n’y avait rien à faire. J’ai retiré mes gants et j’allais me réchauffer toutes les vingt minutes. Et puis, j’ai fini par faire le boulot sans retourner me réchauffer. Et là, tu te gèles les doigts. Je veux dire, vraiment gelés. Ils étaient noirs. Là, tu passes à un stade où tu ne te donnes plus le choix. »

Dans la chaleureuse ambiance des retrouvailles, devant ce marin volubile et sensible, il est délicat de percevoir l’absolu de l’expérience d’un tour du monde en solitaire, sans escales, sur un multicoque. Les journalistes charrient le beau gosse qui s’exprime désormais avec décontraction. C’est comme si la toilette avait estompé les stigmates du marin. Estompé seulement, car en parlant, en mangeant, Thomas peinait à tenir le couteau qui sert à trancher sa viande.

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Bon courage - par Nathalie (traductrice Hydroptère) - Bon courage et je suis sûre qu'ensemble, vous allez trouver la bonne solution pour faire bonne route avec Franck et les autres collègues. De tout coeur avec toi et l'équipe dans cette mésaventure. Continuez à vous battre, vous le méritez ! bon vent - par arielle cassim - La voix du seigneur te souhaite bon vent ! Toi et ton équipe prenez du plaisir, mais restez prudents !

Page extraite de http://www.sodebo-voile.com/