Première nuit au rayon frais : témoignage
04.01.2008
04/01/2008 - 04h54 - Une nuit sans sommeil, comme le raconte ce mail de Thomas reçu cette nuit
« RAS depuis plus de 4 heures. Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. La houle a vraiment changé, passant du Sud à l'Ouest. Il fait nuit noire. Le bateau fonce dans cet espace où le ciel et mer se sont rejoints. Seuls les deux traits de sillage laissés par les safrans marquent l'obscurité. Les yeux me piquent tellement je scrute le radar. Lorsque je vais dehors, j'ai l'impression de voir sortir une masse claire toutes les minutes. La température de l'eau qui avait chuté de presque 2°C est remontée de 0.8°C en une heure, elle est de 5.8°C maintenant. J'ai la gorge serrée. Je me suis fait un thé brûlant. Une partie de moi reste concentrée sur le bateau et l'autre est en mode survie. J'imagine tous les scénarios mais aucun n'est le bon. La combinaison et le matériel de sécurité sont à mes pieds (l’Iridium de secours et le kit de base). Pourquoi faire? Je n'en sais rien. Je regarde même la carte une nouvelle fois. Loin, bien loin de tout! Je suis juste sous le Cap de Bonne Espérance. Depuis ce matin, j'ai cette boule au ventre qui ne me quitte plus. Par 48° 45 Sud et 10° 19 Est, je suis le témoin oculaire de ce fameux réchauffement climatique. De mémoire de naviguant, on n'avait jamais vu de glace aussi Nord en cette saison. Ces cathédrales de glace, ces gardiens du Temple de l'eau qui nous reste de cette planète bleu, ou le plateau des Minquiers à la dérive, je sais pas bien comment décrire ces grandes formes sculptées par le vent et la mer. Victor Hugo les a imaginées : je les ai vues, ces tempêtes pétrifiées. Je pensais être sorti d'affaire mais la température de l'eau rechute brutalement à 5°C puis 4.9°C, signe de leur présence proche. Je sors sur le pont, l'atmosphère est glaciale et le vent apparent créé par la vitesse du bateau renforce la sensation de froid. L'aube blanchit. Je retrouve les contours du bateau. L'écume blanche du moutonnement des rafales sur l'eau ressemble à s'y méprendre à une plaque de glace. A chacune d'entre elle, je me contracte un peu plus. Au loin une masse plus limpide ressort, juste dans mon Est. Je retiens mon souffle… encore un ? Ce n'est que les premiers rayons du jour qui sortent , juste sous les nuages de l'horizon. J'arrive à trouver la force de sourire. Je vais retrouver mes yeux pour quelques heures. Cette nuit a été l'une des plus longues de mon existence. Il faut que j'arrive à dormir un peu avant la prochaine nuit....
A+ Tom. »

