Abandon sur avarie : Thomas raconte
06.01.2008
« Je venais d'avoir la nouvelle que j'avais établi un nouveau record sur 24 heures quand j'ai senti comme un coup de frein...
...Je sors immédiatement et je vois une gerbe d’eau qui monte à 3 mètres au-dessus du flotteur tribord. Je choque les voiles d’avant. En quelques secondes, tu comprends ce qui se passe sans savoir comment. Dans l’urgence, j’ai affalé pour gérer la sécurité. Je ne sais pas ce qui est arrivé. Quelques instants plus tard, j’ai vu un morceau de glace mais je pense que le choc aurait été plus franc, plus violent si j’avais heurté de la glace. Et là, je suis resté sur le trampoline, les bras ballants, concentré sur l’action même si une partie de moi est très déçue. Tout le film se déroule : ce que tu as fait et ce que tu ne feras pas. 20 jours de course ! Comme un scénario de film tragique ! Comme je n’avais pratiquement pas dormi depuis 3 jours, j’ai essayé. Sans succès. J’ai quand même fini par sombrer. Quand je me suis réveillé, il faisait grand jour et là je me suis demandé si ce n’était pas tout simplement un cauchemar. Le bel oiseau est bien là, atrophié.
Je suis à mi-chemin entre les Kerguelen et l’Afrique du Sud au milieu de nulle part. Je me dirige vers Cape Town. Ensuite, on va rentrer aux Sables d’Olonne.
C’est un projet engagé donc très exposé. J’accepte cet abandon car il fait partie des règles du jeu. J’ai pris un réel plaisir à naviguer sur ce bateau. Plus ça allait, plus je me sentais libre dans cette partie du globe où on ne survit que toléré ; je me sentais en osmose. Le compétiteur est forcément déçu. Il me faudra du temps pour analyser tout cela.
J’ai envie d’y retourner car j’ai trop d’amertume que cela se termine aussi tôt ».

